N°002 · · 6 min de lecture
Le logiciel va devoir justifier sa facture.
ArtCraft bouscule les licences, Claude accueille vos tableaux de bord et Gemini s’installe au bureau.
Cette semaine, un projet open source s’attaque à Adobe et Microsoft (rien que ça...), Claude installe des tableaux de bord dans sa conversation, Meta ouvre les poids d’un gros modèle et Google veut réunir notre travail dans Gemini.
Le point commun ? Le logiciel change de place, de prix et parfois de propriétaire. Et les éditeurs vont devoir nous donner de meilleures raisons de payer que « vous avez toujours fait comme ça ».
Teddy
LE GRAND MODÈLE
ArtCraft : à ce prix-là, ça fonctionne ?

ArtCraft propose une famille d’applications open source (qui empiète sur les plates-bandes de Microsoft et Adobe), dont PhotoCraft, un éditeur d’images développé avec l’aide de l’IA. Calques, masques, courbes, compatibilité Photoshop : la ressemblance fonctionnelle est assumée. Mais le fameux « environ 50 % de Photoshop » mérite une précision : les auteurs estiment eux-mêmes la maturité professionnelle autour de 45 % actuellement. PhotoCraft reste une alpha, pas un remplacement professionnel prêt à l’emploi (ou pas encore !).
Ce qui m’intéresse, c’est la vitesse à laquelle une petite équipe peut désormais attaquer des logiciels installés depuis des décennies. Oui, Adobe et Microsoft vendent aussi de la fiabilité, un écosystème, des formats et du support. Cela justifie-t-il tous les abonnements actuels, pour toutes les entreprises qui n’utilisent qu’une poignée de fonctions ? J’en doute sérieusement et je viens même de stopper mon abonnement à la Suite Adobe qui me coûtait 85€ par mois ! Avec un code ouvert aux contributions, je parie sur une accélération dans les semaines et mois qui viennent. Ces mastodontes ont de bonnes raisons de surveiller le rétroviseur, même si leur disparition n’est évidemment pas au programme de lundi.
Et juridiquement ? En Europe, reproduire une fonctionnalité n’équivaut pas, en soi, à copier un programme protégé. La Cour de justice l’a établi. Cela n’autorise pas à reprendre le code ou des éléments graphiques protégés, et ne constitue pas un brevet de légalité pour ArtCraft. Plus bas, on reparle des SaaS : eux aussi risquent de devoir expliquer leur facture.
LES NŒUDS CONNEXES
Votre prochain logiciel sera peut-être un onglet Claude

Depuis le 8 octobre, Claude propose en bêta des tableaux de bord reliés aux données de l’entreprise, notamment Salesforce, Snowflake ou BigQuery. Les graphiques vivent à côté de la conversation ; les requêtes et la fraîcheur des données restent inspectables. L’accès concerne les offres payantes, avec une activation administrateur nécessaire en Enterprise.
Le SaaS pourrait garder son moteur et perdre son écran. Si je peux interroger mes ventes et explorer mes chiffres depuis Claude, pourquoi ouvrir encore mon outil de reporting ? Les règles métier, les données et les droits d’accès ne disparaissent pas pour autant ; Anthropic prévoit d’ailleurs des passerelles avec des spécialistes du secteur. Mais devenir le tuyau derrière l’assistant d’un autre, c’est une drôle de perspective pour qui facturait surtout une belle interface ! Et vous : vous vous voyez passer votre journée dans Claude ou ChatGPT, avec un seul onglet plutôt que des dizaines ?
Une grosse IA à la maison. Mais à quel prix ?

Le 15 octobre, Meta a publié Muse Spark Open et ses poids téléchargeables, sous une licence spécifique à examiner avant tout usage commercial. La démonstration locale mise en avant mobilise deux Mac Studio M5 Ultra dotés chacun de 512 Go de mémoire (environ 31 000€ pour les deux machines...). On est encore loin du portable du commercial ! Les performances annoncées restent celles présentées par Meta.
Pour moi, la question n’est plus « est-ce qu’on y arrivera ? », mais « quand est-ce que ce sera accessible ? » Faire tourner certains traitements dans l’entreprise peut changer la confidentialité et la maîtrise des données. Pas besoin d’envoyer chaque document dans le cloud par réflexe. Cela ne rend pas magiquement un système sûr ou souverain, surtout s’il appelle ensuite des services extérieurs. Mais entre les progrès du matériel et ceux des modèles, je vois mal cette possibilité rester réservée éternellement aux entreprises capables d’acheter une petite salle informatique.
Google : Gemini veut prendre ses quartiers au bureau

En septembre, Google a commencé à rapprocher Gemini de notre travail quotidien : le 10, son application Windows permettait de retrouver des informations dans Gmail et Drive, avec Spark pour déléguer des tâches en plusieurs étapes. Le 8 octobre, Google a présenté un agent pour l’entreprise conçu pour passer d’un mail à un document, un tableau ou un rendez-vous en conservant le contexte. Puis, le 13 octobre, Gemini 4 Argon, d’abord proposé en accès restreint en septembre, est devenu accessible notamment aux abonnés AI Pro et Ultra dans l’application, ainsi que par API. Un meilleur modèle, mais surtout des outils qui travaillent davantage ensemble. Tout n’est pas pour autant disponible dans chaque abonnement : les tâches grand public issues de Spark restent notamment exclues en France et sur les comptes professionnels.
Je trouve que c’est là que Google devient particulièrement intéressant pour une entreprise déjà équipée de Gmail, Drive et Docs. Préparer un rendez-vous à partir des derniers échanges, retrouver les pièces du dossier, puis rédiger le compte rendu sans tout recopier : voilà une évolution qui me parle davantage qu’un énième podium de benchmarks ! Google a déjà les outils et une bonne partie du contexte ; son ambition est maintenant d’en faire une continuité de travail. Le confort peut devenir redoutablement convaincant. Et plus Gemini connaîtra nos habitudes, plus changer de fournisseur demandera un véritable effort.
SIGNAUX FAIBLES
Le fond du panier… mais pas les miettes
La mémoire aussi cherche son bureau Ramp a présenté Glass le 13 octobre : outils, modèles, mémoire et travail d’équipe réunis. Accès encore limité. La centralisation reste manifestement un problème à résoudre ; affaire à suivre. Ramp
Meta n’a pas dit son dernier Wonder Muse Wonder, annoncé le 12 octobre via API et Muse Code, poursuit une autre piste que Spark Open : mieux tenir les longs travaux. Promesse à éprouver, et pas une nouvelle publication de poids. Meta
Le médecin garde la main Google a présenté le 8 octobre une étude AMIE menée auprès de 98 patients, avec supervision médicale. Une étude de faisabilité sur un seul site, pas un cabinet autonome. Google
Le SMS douteux a de la concurrence Android annonce le 14 octobre de nouvelles protections contre les arnaques, mêlant traitements locaux et cloud selon les fonctions. Déploiement progressif ; disponibilité française non confirmée. Google
Claude n’est pas votre punching-ball La politique Anthropic du 8 octobre vise certains abus extrêmes et répétés, à partir du 12 novembre. Râler, contredire ou tester un modèle reste permis. Ouf, on pourra encore lui demander de recommencer. Anthropic
Mistral : attendons de soulever le capot Les premières évaluations indépendantes de Large 4 dessinent un bilan contrasté selon les usages. Les poids restent attendus : on reviendra sur le modèle une fois cette étape franchie. Mistral
LA SYNAPSE
L’open source
Un logiciel open source donne accès à son code, sa « recette », avec une licence qui autorise son utilisation, sa modification et sa redistribution. Dans le cas de PhotoCraft, cela permet à d’autres développeurs de corriger des défauts ou d’ajouter des fonctions : le projet peut avancer au-delà de son équipe initiale. Ouvert ne veut pas dire sans règles, ni forcément sans coûts : l’hébergement, la maintenance ou le support peuvent rester payants.

Teddy ChevalierFondateurWondable
J’ai créé ma première entreprise à 21 ans. Depuis près de vingt ans, j’ai lancé, développé, dirigé et vendu des activités. J’ai créé Wondable pour aider les TPE, PME et ETI à intégrer concrètement l’intelligence artificielle dans leur fonctionnement, en partant du travail réel, des outils existants et des usages qui apportent de la valeur.

